Delphine Dénéréaz

Delphine Dénéréaz tisse tout, sur tout, partout. Ses œuvres efflorescentes se déploient à la manière des plantes invasives. Les fils roses serpentent entre les trames de tissus ou de métal, ensevelissent les maisons, troublent les jardins. 

Son geste obsessionnel se répète dessus, dessous, encore. Le tapis de lirette, jadis étoffe paysanne, désormais château, cabane ou chapelle, n’est plus cantonné au mur mais devient la structure-même de ces refuges. Pour les édifier des lieux à soi, elle entrelace des lambeaux usés, déjà imprégnés de souvenirs tactiles anonymes. Ici, plus de porte ni de toit car le tissu, à l’inverse du lierre, protège sans étouffer.

 

Elle fabrique des arcadies dopées à la toxicité du Delphinium et aux bienfaits de la Lavande. À ce mélange détonnant s’ajoutent les bribes de sa propre histoire, de sa jeunesse dans le Vaucluse aux aventures de Barbie©, des réseaux sociaux aux fêtes marseillaise. Pour Delphine, le tissage est un moyen de tramer, c’est-à-dire à la fois dessiner et nouer des intrigues. Ce patchwork immersif mauve et magenta, comme un dessin inachevé, se transforme en puissant outil de réconfort. Dans ces édens méditerranéens distordus par le vent et engloutis par le soleil, l’abondance semble pourtant réprimer une menace sourde. Les fleurs ne fanent plus. Les lianes rampent au sol. La symétrie absorbe l’horizon. L’allégresse n’est-elle plus qu’un mirage abstrait ? 

Clefs, cœurs, fleurs, et smileys sont autant d’emblèmes 2.0 fatigués que l’artiste décharge de leur puissance, pour les amener vers un registre qui n’appartient qu’à elle. Si texte et tissage partagent la même racine, les motifs qui pullulent sont-ils le rébus d’un sortilège à déchiffrer ?

 

Texte de Alexia Abed

 

Depuis 2017, son travail a été montré à la Villa Noailles (Hyères), à la Friche Belle de Mai, à La Traverse, au Festival Marsatac (Marseille), au Consulat (Paris), à la Galerie Slika (Lyon) et au Centre Culturel Fenaa Al Awwal (Arabie Saoudite), et elle a bénéficié de résidences en France, au Chili et au Nigéria. Ses expositions personnelles récentes incluent la Collection Lambert (2023), La Halle Centre d’Art, Chapelle XIV à Paris et Les Abattoirs à Toulouse (2025).

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Lucie Bretonneau

Née à Londres en 1993, Lucie Bretonneau débute son parcours en autodidacte avant d’être diplômée de l’ÉSAD Orléans. Après un séjour de trois ans à l’étranger, durant lequel elle a exploré le dessin en allant à la rencontre d’habitants d’Asie, d’Océanie et d’Amérique, elle se forme au graphisme à Paris puis se spécialise dans le design, inscrit dans une réflexion sociale.

En créant un espace où matière et geste s’éprouvent mutuellement, Lucie Bretonneau engage une pratique du dessin portée sur l’ambiguïté du tangible.

Chaque touche est un impact et toute surface devient terrain d’expérimentation. L’outil, qu’il frôle, ôte ou dépose, se prolonge par le bras, soumis à son usure, à son épuisement. Les pigments, sélectionnés presque obsessionnellement pour leur intensité, s’écrasent, se frottent, se superposent et s’érodent, captant l’instant volage par leur aptitude à renvoyer la lumière. La matière, altérée sous la pression d’un contact direct, esquisse des formes en expansion, empreintes d’une énergie déployée sur le vif pour créer.

Chaque intervention s’affranchit des contraintes du bien-faire et du beau pour
questionner le dessin lorsqu’il excède son cadre, se heurte au temps et demeure instable malgré la fixation de son image sur la surface qui résiste et encaisse la cumulation de strates.
Ce travail s’inscrit dans une quête phénoménologique, observant comment
une image se manifeste, se modifie, s’ancre ou se dissipe sous l’action des éléments, du mouvement, du regard. Chaque pièce est un équilibre précaire entre maîtrise et abandon : l’outil contraint autant qu’il libère, le fond absorbe autant qu’il oppose, et dans cette friction, la couleur devient actrice, révélant
la tension entre effacement et surgissement. Dans un monde saturé d’immédiateté, le travail sériel de Lucie se déploie lentement et oscille dans la dualité de la contrainte et du débordement, du
silence et de l’éruption. Dans un engagement total qui met à l’épreuve le regard et le corps tout entier, elle questionne le rôle de la personne qui crée
en faisant porter aux images la marque d’un mouvement, d’une respiration, d’un effort – sans jamais imposer une lecture univoque. Chaque trace raconte car elle existe.

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LÉA DE CAQUERAY

 
 

Léa de Cacqueray vit et travaille à Paris. Diplômée en 2020 des Beaux-Arts de Paris. Après cinq ans d’étude, elle a montré son travail lors de nombreuses expositions collectives et lors de résidences. Elle expérimente autour de sujets tels que l’innovation technologique, la croyance, l’anticipation. Ces vastes sujets se retrouvent confrontés, assemblés, interrogés par le biais de sculptures, de sons, d’ installations, de vidéos 3D. Les interactions créent comme des mises en formes symboliques, rituelles et procédurales de nos angoisses face à l’avenir incertain. 

Elle est aussi l’une des lauréates du prix des amis des Beaux-Arts de Paris en 2020. En 2022, elle fait partie des nominés au prix Dauphine pour l’art Contemporain avec son binôme Romy Hammond. Et en 2024 elle fait partie des nominés au prix ICART-Artistik Rezo.

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